26 juin 2013

Trop de soleil tue l'amour

Par une belle journée presque ensoleillée, en ce début d'été qui n'en est pas un, je passe devant une petite librairie près de chez moi. Attirée par les livres en vitrine ayant trait à l'Afrique, je tombe sur une perle.

Source: instagram.com/may_si

Trop de soleil tue l'amour est une œuvre de Mongo Beti, écrivain franco-camerounais. Jusque là, je n'avais lu de lui que ville cruelle, œuvre publiée sous le pseudo Eza Boto. Je n'avais pas aimé. Le titre de ce roman nouvellement acheté m'a pourtant instantanément convaincu.

Zam est un journaliste qui dénonce les dérives du pouvoir en place. Bébète, sa copine, une jeune fille qu'il soupçonne d'être (ou d'avoir été selon son état d'ébriété) une prostituée très demandé. Eddy, l'ami presque avocat, rentré de force au Cameroun après avoir été chassé de la France. PTC, le gros propriétaire du journal. Le policier qui n'a pas le droit de faire d'enquêtes, etc, etc.
Que de beau monde dans ce roman. Un français coloré à la camerounaise avec pourtant des expressions très soutenues. La plume de Mongo Beti est belle. On s'imagine ce policier qui n'a d'autre choix que d'arnaquer les usagers de la circulation pour nourrir ses nombreux enfants.
De nombreux thèmes dans le livre. Le père Mzilizaki rappelle Engelbert Mveng, prêtre et intellectuel assassiné sans qu'on ne sache par qui, ni pourquoi. Mongo Beti veut éveiller nos consciences sur le rôle de la France dans le génocide du Rwanda, dans la gestion abusive des anciennes colonies francophones. 

Je ne suis pas partisane des "pleurnicheries" post-colonisation. Je ne considère pas mon pays comme une "dictature". Autant dire que je ne partage pas les combats de l'auteur. Les faits qu'il expose me touchent pourtant. Je veux croire que les choses ont évolué et vont évoluer. Je veux être optimiste. Reconnaître mon pays dans les traits dépeints il y a plus de 15 ans me désole. Cette inertie. Ces choses qui ne changent pas.

Je suis d'autant plus fascinée car Mongo Beti faisait partie de cette génération de camerounais instruits à la sauce française, rentrés au pays dans les années 90, pour changer les choses. 20 ans plus tard, ma génération rentre espérant changer ces mêmes travers...

Trop de soleil tue l'amour fait partie d'une trilogie que l'auteur n'aura pu terminer, happé trop tôt par la mort. Ce premier livre se termine sur un suspense insoutenable. Et je ne peux déjà plus attendre de lire la suite branle-bas en noir et blanc.



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